Pulp (1994)

Acide et drôle, Bukowski terminait sa vie sur une parodie des romans de gare.

Girl (2018)

Le vécu d'une transidentité est assez difficile à expliquer, et encore plus à mettre en images. La mise en scène de Girl parvient à retranscrire le décalage ressenti entre soi-même et une société mal informée, et parfois agressive, face aux questions de genre. Ailleurs, le choix d'une caméra distante s'avère contre-productif. Les plans glacés sur la silhouette de Lara, l'appréhension floue de la prise d'hormones,…

L'Iboga - Les Hommes du bois sacré (2005)

Le rite de l'iboga est pratiqué en Afrique centrale à des fins thérapeutiques. Comme pour le rite de l'ayahuasca filmé dans D'autres mondes, il est encadré par des guérisseurs savants, expérimentés et altruistes. Produits à la même période, les deux documentaires dressent aussi le constat d'une médecine occidentale trop craintive de ce qu'elle ne peut expliquer, ou peut-être trop imbue d'elle-même, pour tenter d'int…

L'Automne du patriarche (1975)

Les déboires rocambolesques de ce dictateur antillais, narrés dans un style fluide et ample qui évoque les mouvements indécis de la mémoire, relèvent du drame divertissant.

Contes de juillet (2018)

Ces badinages sentimentaux à moitié improvisés évoquent Rohmer, et peut-être Rozier. Mais les personnages, peu formés dans l'esprit du metteur en scène, ne parviennent pas à exister en dehors de l'interaction immédiate. Leur trivialité prive de morale ce théâtre de petites hypocrisies, destinées à enrayer la solitude au plus fort de l'été.

Le Poirier sauvage (2018)

L'histoire, honnête à défaut d'être encore frappante, d'un garçon méprisant et amer, révolté par principe contre tout ce qui bouge, geôlier et captif de l'universalité de son propre dégoût au point de ne plus voir en son entourage que des stéréotypes à abattre, jusqu'à ce qu'un éclair neigeux d'exil solitaire balaie ses tombes réflexives, lui laissant découvrir, pantois, que l'authenticité de vie dont il s'acharnait…

Fin de concession (2010)

La privatisation de la première chaîne de télévision française est prononcée en 1987. Suite à un appel d'offres mouvementé, le consortium industriel mené par Bouygues obtient de l'État français le droit de diffuser sur les ondes nationales. Cette concession est accordée pour dix ans, délai au bout duquel le CSA devait examiner le respect des objectifs annoncés (notamment culturels) afin de statuer sur un éventuel re…

Les Frères Sisters (2018)

Sans gouaille ni envie, cette escapade ricaine d'une coqueluche française suscite encore moins d'enthousiasme que Butch Cassidy and the Sundance Kid. Les acteurs se traînent mollement entre deux répliques ineptes de personnages en carton, sous le regard détaché de caméras numériques pas très heureuses. Les plans se succèdent avec des contrastes de teintes, de textures, de distances, de registres, au détriment de tou…

Choron dernière (2009)

Il n'est pas rare que les interviews filmées par Pierre Carles commencent à moitié en « off ». La caméra vient d'être allumée, la personne en face rectifie son attitude, et le documentariste confirme à voix haute que l'enregistrement a débuté. Ce dispositif de montage, en rien amateur, vaut pour piqûre de rappel : assister à un documentaire, ce n'est jamais seulement s'exposer à des faits incontestables, mais aussi …

Les Mots (1964)

Un récit autobiographique où Sartre tente d'élucider et de juger son rapport à l'écriture, quelque part entre la psychanalyse ludique, la sociologie de la bourgeoisie, et l'interprétation rétrospective de l'enfance sous l'influence de l'existentialisme.

Shades of Grey: The Road to High Saffron (2009)

Une escapade pleine d'humour, dans une dystopie où le rang social repose sur la perception des couleurs. L'exposition de cet univers loufoque (et occasionnellement menaçant) est équilibrée sur l'ensemble du roman, pendant que se déroulent en parallèle des intrigues entrelacées et ludiques, comme un point-and-click savamment rythmé.

Scènes de la vie conjugale (1973)

Un panorama psychologique comme Bergman en avait le secret. Le budget limité se sent dans la cinématographie très directe et la prévalence des plans rapprochés, mais la qualité des interprétations ne laisse penser aucun manquement. Les déboires de couple, intéressants ou non, ont rarement été représentés autant en profondeur.

Avengers: Infinity War (2018)

Ça occupe la tête, mais presque tout disparaît en un claquement de doigts. Il n'y a bien que Thanos, seule figure dramatique de cette histoire, pour échapper à l'oubli. J'admets que je tire un certain orgueil de ne plus adhérer à la pop culture, mais pour le coup, ça m'attriste aussi de me sentir déconnectée de cette excitation mondiale.

Xiao Mei (2018)

Neuf proches se succèdent pour décrire la jeune Xiao Mei, tout autant que pour tenter d'expliquer sa disparition. Ce portrait in absentia vibre de dynamiques contraires. À la curiosité initiale succède la confusion polyphonique, pleine d'écarts et de contradictions. Et quand les témoignages semblent à nouveau converger vers une figure concrète et un mystère éclairci, les dernières rencontres rejettent dans un sou…

Ghost in the Shell 2: Innocence (2004)

Emporté dans son ambition, Mamoru Oshii réalise un Godard triste, où les personnages alignent les citations comme des incantations mystiques que le public devrait approuver sans comprendre. Ce manque de sincérité se ressent aussi dans l'animation, auto-tunée aux éléments de synthèse, au service de décors bien moins riches que ceux du film d'origine.

Mort à Venise (1971)

L'histoire d'un mec de droite qui mate un bel androgyne prépubère... En plus de faire passer le fantasme pour une recherche géniale de la beauté, Mort à Venise s'inscrit dans la triste lignée des œuvres encourageant l'intelligentsia à révérer la pédérastie. Sachant que la nouvelle d'origine a été inspirée par un garçon encore plus jeune (dix ans), même si la consigne est de regarder sans toucher, on est pas loin d'u…

Les gaous (2003)

Un film presque aussi timbré que Les portes du soleil. Le scénario parvient en plus à capturer l'esprit d'une certaine vie parisienne, moins bourgeois qu'Amélie Klapisch, moins raciste aussi (les deux vont ensemble, mind you). À arroser d'une bière ou deux !

The Norwood Suite (2017)

Dans The Norwood Suite, Cosmo D parvient à aiguiller ses idées surréalistes et foisonnantes afin qu'elles composent, non seulement un univers décalé et cohérent, mais aussi une intrigue à tiroirs assez complexe. Les conversations espionnées ou recueillies auprès des occupant·e·s du Norwood Hotel retracent en mosaïque le portrait d'un musicien excentrique ; ses compositions d'avant-garde aux pouvoirs ésotériques impr…

Building (2003)

Ce court métrage, point d'origine du jeu NaissanceE, et lui-même inspiré par le concerthall de Bruges, encapsule le décalage entre le brutalisme concret et le brutalisme médiatique ; entre l'humanisme maladroit des architectes des années 50 à 70, et le romantisme d'aliénation développé ultérieurement par d'autres artistes. Les espaces angulaires sont consommés et alimentés, non par les besoins des personnes, mais…

Hara-kiri (1962)

Kobayashi filme ses décors et ses personnages avec une dignité que son ami Kurosawa aurait honorée. En critiquant la noblesse de façade des derniers samouraïs, il dénonce plus largement la sacralisation des protocoles sociaux au détriment de la dignité des individus, dont souffrent particulièrement les groupes non privilégiés. Hara-kiri révèle lentement son histoire tragique, tout en entretenant une dimension lud…